Colloque national - Cheminement vers une culture d’apprentissage chez les adultes au Canada 2008, Centre du savoir sur  l’apprentissage chez les adultes

Conférence - Le fédéralisme, le Québec et les minorités francophones du Canada - 11 mars 2006

Communiqué de presse - Une nouvelle fondation administrera les Rendez-vous de la Francophonie - Le 9 novembre 2004


Conférence de Marc Arnal, président de la Fondation canadienne pour le dialogue de cultures, présentée lors du colloque national:Cheminement vers une culture d’apprentissage chez les adultes au Canada
2008, Centre du savoir sur  l’apprentissage chez les adultes


Le thème de cette importante conférence rejoint des perspectives de civisme qui sont imbriquées dans notre conception même de citoyenneté au Canada.  Le problème, et c’est à mon sens un problème typiquement Canadien, est que cette compréhension de la citoyenneté est peu ou mal connue.  Je commencerai donc en vous présentant une façon alternative de comprendre notre pays, une compréhension basée sur trois principes ou valeurs Canadiennes, pour passer par la suite a un examen de quelques thèmes que nous pourrons approfondir pendant la période de questions.  Si  vous le croyez utile, je vous inviterais à explorer vous-mêmes des rapports entre cette approche et les différentes facettes de vos activités.  Pour ma part, j’en ai fait le thème central de ma philosophie personnelle tant au niveau de mon travail que de ma vie citoyenne et personnelle.

Retraçons  d’abord les origines de cette approche.  En 1999, la fédération des communautés francophones et acadienne du Canada lançait son projet Dialogue, une vaste consultation populaire aux quatre coins du pays par l`entremise d’audiences publiques et de rencontres ciblées.  Les quatre commissaires chargés de ce projet avaient comme objectif de faire un état des lieux de nos communautés et d’analyser les  liens entre ces communautés i.e., les communautés minoritaires de langue française et les autres composantes de la société Canadienne, notamment les peuples autochtones (premières nations, inuit et métis), les francophones du Québec dont nous nous étions éloignés pendant les épisodes constitutionnels, les communautés ethnoculturelles (d’expression française ou anglaise en termes de leur principale langue officielle d’usage) et la population anglophone dans toute sa complexité.  Comme il arrive souvent en allant à la rencontre des autres, on a découvert des choses à propos de nous-mêmes. Chaque rencontre a effectivement été une occasion de révélations.  Le premier de ces constats a été que les années de lutte pour nos droits linguistiques nous avaient rendus insulaires, que nous étions devenus défensifs face aux autres et que notre rapport à notre propre langue était souvent difficile.  Ce thème a d’ailleurs été repris par Antoine Maillet au banquet annuel de la Fondation Ricard à Montréal qui précisait qu’il fallait que nous cessions d’être minoritaires dans le sens de « moindres » pour ne plus être que « moins nombreux ».  De fait, a-t-elle continué avec son air espiègle, « nous sommes meilleurs avec nos deux langues ».  Son discours rejoint bien une citation qui m’a été récemment communiquée par une amie au Ministère des affaires autochtones de l’Alberta et qui décrit ce qu’ont subi et subissent encore plusieurs groupes et individus au Canada-« The soft bigotry of low expectations » bis.  Ce vestige de l’ancien Canada, celui de mon enfance où il était défendu d’apprendre notre langue dans les écoles publiques (jusqu’en 1957 au Manitoba, plus tard même en Alberta), où les peuples autochtones étaient méprisés, où les langues autres que celle de la majorité n’étaient pas tolérées, ce Canada a fait des victimes.  Lorsque j’étais enseignant au Manitoba au début des années 1970, je travaillais dans une école régionale à double voie (University Entrance et General).  Or cette école où tout se passait en anglais sauf mes cours de français, desservait trois communautés, l`une d’elles surtout francophone et deux surtout métisses mais où la langue parlée était le français ou le michif français.  Plus de 90% des étudiant (e)s des deux communautés métisses s’inscrivaient au « Général » et plus de 90% des élèves du village francophone au «University Entrance ».  Ce n’était ni le fait du hasard, ni un reflet de l’intelligence et des capacités de ces jeunes.  Ainsi nous les francophones reproduisions ce que nous avions nous-mêmes subis.  C’était un véritable et tragique cercle vicieux.  La Sénatrice d’origine Métisse Thelma Chalifoux disait dans une interview qu’il y a deux sortes de cultures : des cultures qui élèvent et des cultures qui abaissent.  Il faut se demander qui en est responsable.  Toujours est-il que ce premier grand constat de la tournée Dialogue nous a mené au second, que nous n’étions pas les seuls à nous sentir isolés et marginalisés, à souffrir d’un complexe de minorité.  Aussi  nous avons constaté qu’il n’y avait aucun lien, aucune unité entre tous ces groupes, aucune vision rassembleuse.  Nous nous sommes alors dit qu’il fallait repenser les assises de notre participation à partir de concepts unificateurs et inclusifs où tous et toutes pourraient s’identifier avec dignité au sein de leur groupe mais aussi par rapport à leurs concitoyens de toute appartenance.  Ici, je citerai le rapport Dialogue paru en 2002, qui anime présentement les travaux de la Fondation Canadienne pour le Dialogue des Cultures, responsable des Rendez-vous de la francophonie et de la participation francophone aux Jeux de Vancouver en 2010.   La Page 38 du rapport présente notre approche à partir du titre : Pour une vision de la société canadienne.

« La citoyenneté, élément de solidarité de premier ordre, peut être définie de différentes façons.  Elle est influencée par des réalités historiques, linguistiques, géographiques, sociopolitiques, juridiques, économiques et autres.

À la lumière des constats qu’il a dressés au cours de sa tournée nationale, le groupe de travail propose une vision de la société canadienne axée sur trois principes interdépendants, soit l’équité, la diversité et la communauté.

Respecter le principe de l’équité c’est offrir à chaque citoyen et citoyenne de la société canadienne toutes les chances  possibles afin qu’ils parviennent à des résultats égaux, peu importe leurs conditions.  Du principe de l’équité découle notamment l’asymétrie des moyens.

Appuyer le principe de la diversité, c’est reconnaître que l’interaction entre les diverses composantes d’une société entraîne de meilleurs résultats.  C’est aussi encourager l’idée que différentes perspectives permettent une prise de décision plus juste et éclairée dans le respect des spécificités raciales, linguistiques, culturelles, religieuses, régionales etc.  Au Canada, la diversité est ancrée dans la Constitution, notamment par les articles traitant des langues officielles, du multiculturalisme et des peuples autochtones. 
        
La communauté, c’est la cohabitation de la diversité et de l’équité.   C’est adhérer en tant que citoyen et citoyenne à des valeurs sociales communes et assumer ses responsabilités individuelles et collectives en contribuant au développement de la société canadienne.  Le principe de la communauté est en redéfinition constante.
        
Pour nous de  la communauté nationale francophone, être citoyen canadien, c’est vivre pleinement notre francophonie dans le respect et l’ouverture aux autres, tout en étant conscient que les langues officielles sont un gage de l’identité canadienne.»  Fin de la citation.
Mais cette interprétation n’était pas nouvelle : de fait elle avait d’abord été développée dans les années 1980 au Secrétariat d’état du Canada par le Ministre de l’époque David Crombie.  In his tenure as Secretary of State Minster Crombie took the legacy of Trudeau’s just society and the myriad of social action programs that it had produced, most housed in the Department of the Secretary of State, and he integrated all the components into a simple, understandable vision of Canadian values that stood the old model of majority conformity on its head.  This is the model that was adopted ten years later by our working group.  It is unfortunate that Minister Crombie left politics before the vision was fully translated into legislation.  Indeed, his attempts to include Canadian values in the Citizenship Act, changing it from a naturalization act to a true citizenship act encountered fierce resistance from several of his colleagues and from the Department of Justice which viewed it as a nightmare of potential litigation.  Nonetheless the vision has percolated over the past few years and as I describe it further, you will be able to relate it to many of the debates currently happening around the country: « les accommodements raisonnables » in Québec, the apologies by the Government of Canada for past wrongs, most recently to the victims of residential schools, the growing rapprochement between Québec and les francophonies d’Amérique, as recently announced by the Premier Charest and Minister Pelletier.  Minister Crombie had an unusual talent for synthesis.  I remember our very first meeting of managers in the Department with him: “Well, he said, I went away for a few days to a cabin on PEI and I read through these massive briefing books that you prepared for me, and I’ve come to the conclusion that this Department is basically about citizenship, and that citizenship is about three inter-dependant principles: equality and diversity and community.  In Dialogue, we subsequently replaced equality with equity, a notion closer to what we believe Mr. Crombie was espousing.  In 1988, the Minister was in Edmonton to present the first citizenship awards, and, as usual, he couldn’t read the “the fine speech prepared by my staff because I forgot my reading glasses.”  I was ready for this, and we recorded his comments on that day.  I will now quote excerpts from those remarks, so that you may hear the approach described through his own words: “Every time this country has tried to explain itself to itself, he said, it has been able to do so in two ways only: one through an understanding of the land, and its impact on us, and values. 
        
If you go down to the United Nations and look at all the flags of all the countries there, they are either about the history or the ideology of the country that represent those flags, except one…ours.  We took a leaf.  It is from the land.

We are (in 1988) in the midst of developing legislation in three areas: multiculturalism, official languages and citizenship.  Those are three very important and very complicated and significant Acts that will in large measure develop the framework for Canadians’ understanding of themselves in the 21 Century.  The laws themselves may be complicated and there will be lots of whereases and  heretofores and the lawyers will have done their best to ensure that only they can understand them, but at the root of all three of those Acts you will not find anything that is very complicated because all three -multiculturalism, official languages and citizenship- have at their root the very same three fundamental principles, the principles of equality and diversity and community.

Equality: everybody, everybody has a right to be in the Canadian circle.  No one as an individual, excluded.  Everybody has a right to be here whether at seven generations, 107 generations or seven years.  Equality is a fundamental principle of the country.  Diversity, Lord knows we have diversity in this country.  If anyone says to you that there is some difference between multiculturalism and two official languages, let me tell you that they are nurtured at the same wellspring, make no mistake about it.  And that is diversity.  If we do not respect one another’s diversity, then our ability to be able to live with some kind of harmony will be diminished around the world.

The third principle “Community”.  I cannot think of a principle, in some ways, that is in the long run more important than the principle of community.  Human beings need to belong.  It does not matter who you are.  And whatever superficiality that people may surround themselves with –better clothes, better cars, better places to eat, go here, go there…at the end of the day or at the end of the week or at the end of the month or the year, certainly at the end of your life, everybody needs to belong.  Community is the context; it is the material, within which human personalities are developed.  A member of our Dialogue group from Québec- Germain Desbiens preferred to call this “Solidarity”.   Crombie continued: “But nothing comes free.  We need people to remember that equality and diversity and community have to be bought with effort and hard work: that there are people in all of our communities who are willing to do that.   There is no citizenship like Canada’s in the world.  There is no country in the world that offers the values where freedom is based on equality and diversity and community.”

These words have been an inspiration since the very first time I heard them.  Before looking at concrete applications, let’s explore the concept of Canadian values a little further.  Although, I will cite the Canadian Charter of Rights and Freedoms as a great contributor to advancing this vision, I will state at the outset that I believe it to be incomplete, in that it is does not recognize the predominantly French linguistic character of Quebec as warranting minority status i.e. Special measures to maintain that character, in the North American context.  Québec has refused to sign the Charter, justifiably I think.  The recent recognition of Québec as a nation is a step but it does not bring Québec into the Constitution.  Notwithstanding, Section 15, the equality clause and Section 1, the moderating clause gives us insights into equality or equity.  No rights are absolute and it is possible to use asymmetrical means to achieve equitable outcomes.  Section 1 very much respects the understanding of freedom that I was taught in the « cours classique» as the “voluntary acceptance of reasonable constraints or limits in the public good”.   Diversity is enshrined through clauses on linguistic duality, cultural pluralism and aboriginal rights.  These three recognitions are the founding essence of our commitment to diversity.  While there is a human dignity aspect to diversity, there is also a learning dimension.  My father, a man who believed in clear speech, never let himself to be told that francophones were a minority in the sense of lesser.  He once told me: “Diversity is not hard to grasp.  If there are ten people around a table who always think the same thing, there are nine too many.”  What we have understood is that diversity leads to curiosity, openness and yes, learning and it teaches us to be able to explore and discuss to arrive at enriched solutions.  Linguistic duality from coast to coast is a key guarantor of this diversity.  A few years ago, a great Canadian, Dr. Peter Meekison, then Vice-president of our University, said of Campus Saint-Jean of the University of Alberta: “ This Campus needs to exist in Alberta if for no other reason that as a symbol of diversity in Western Canada.”  In our meeting with ethno-cultural communities through Dialogue, there were some ambivalent reactions.  Clearly on the one hand there was an acknowledgement that our destinies were linked, but on the other a sense of being increasingly abandoned by public policy makers.  The recent apology to aboriginal victims of residential schools appears to be an affirmation of diversity and equity and community, especially if it opens new doors to understanding and dignity.

Un modèle dynamique comme le nôtre est à la fois simple dans chacune de ses parties et complexe dans son fonctionnement.  C’est sans doute plus facile de comprendre  des balises claires et immuables comme c’est les cas dans la plupart des pays, que de vivre avec des principes qui occasionnent des réévaluations et reconfigurations constantes.  Certes, nous avons des principes absolus, même s’ils ne sont pas énoncés comme tels : « la démocratie représentative, la non-violence.  Mais le Canada est plus une définition d’un processus que d’absolus.  Michel Bastarache, juge de la Cour Suprême du Canada, faisait une distinction importante récemment en parlant de l’évolution des droits linguistiques au Canada.  Il distinguait entre une valeur assumée et une valeur qu’on accommode.  Selon lui, lorsqu’une valeur est assumée, elle est intégrée à la fibre même de l’entité qui l’a intégrée et il n’y a plus de problème dans son application.  Il citait son récent jugement sur les services en français par la GRC au Nouveau-Brunswick.  « J’ai été heureux, disait-il de pouvoir affirmer les droits au service en français mais triste de devoir encore le faire. »  Paul Dubé, professeur à l’Université de l’Alberta, parlait récemment d’inclusion et de transculturalité : « Quand on parle d’inclusion, on vise à construire entre (les cultures) une relation convenable régulée permettant d’accéder à un nouveau plan : celui d’une formation unitaire harmonieuse transcendant leurs différences sans les évacuer.»  Ce n’est plus de l’assimilation, ni même de l’accommodement.  Manuel Diaz décrivait ce processus comme une démarche de longue haleine, une espace de conflits, de confrontations des cultures, et des projets, mais aussi un état d’esprit d’ouverture, de dialogue, d’échange de reconnaissance , de communication, de générosité, une nouvelle conception des solidarités des échanges.»

Vous l’avez sans doute compris, cette façon de voir change sensiblement le rôle des minorités dans une société.  En effet, ce sont ces éléments d’altérité qui provoquent la discussion et l’évolution de notre société vivante.  Ainsi, de les voir simplement comme un problème d’accommodement est très réducteur et peu conforme aux valeurs canadiennes.  À partir de ces définitions, il est possible de faire certains constats et d’établir des liens avec les objectifs de votre conférence. 

Comme je l’ai mentionné au début, l’apprentissage à vie est imbriqué dans notre citoyenneté.  In the society we wish to create, diversity is seen as high-grade social capital which can place Canada at the forefront in the new globalized world in which are increasingly living.  Diversity creates new sources of ideas, attitudes, visions, perspective, challenges and opportunities.  Cultural practices and dialogues about them are not just ways of protecting old meanings but also a way of introducing new meanings.  This brings to mind a statement by Dr. Paul Chartrand at a recent conference on Métis French relations at the University of Regina.  “History, said professor Chartrand, is a great teacher but it is a lousy master.”  The conditions for our national dialogue are cultural openness, appropriate social institutions and a collective capacity for democratic dialogue and debate.  Our vision of Canada is one of a culturally networked society, a culturally diverse society where intercultural learning is a basic human skill and human goal.

Parlons un peu d’éducation postsecondaire.  En Alberta et en Colombie-Britannique présentement, il se passe un phénomène intéressant, si quelque peu troublant.  Un grand nombre de collèges communautaires aspirent à devenir des Universités.   Les raisons qui motivent cette ruée sont sans doute plus que financières.  Or cette tendance m’inquiète pour plusieurs raisons : qu’arrivera-t-il du concept du communautaire dans cette transformation de collège communautaire à collège universitaire?  Qu’adviendra-t-il des notions de responsabilité communautaire et sociale, d’ouverture à la communauté, au rôle de catalyseur de débats sociaux importants? 

Aussi il faut distinguer entre une formation centrée sur l’apprenant et une formation axée sur l’enseignement.  La première déborde largement les cadres traditionnels d’apprentissage en salle de classe et elle sensibilise les partenaires dans l’apprentissage à la nécessité et aux moyens d’apprentissage à vie.  Ainsi je suis très heureux des transformations au sein de notre Université depuis cinq ans : notre présidente Indira Samarasekera a en effet beaucoup changé les directions de notre institution.  Dès son entrée en poste elle a parlé de pertinence, « relevance» et du fait que comme institution publique, nous avions une responsabilité publique.  Elle a substitué aux concepts universitaires traditionnels mais arides de recherche, enseignement et service, ceux beaucoup plus porteurs de découverte, apprentissage et citoyenneté.  Ce changement de service a citoyenneté me parait le plus important. Pendant ce temps, l’Université de l’Alberta a développé trois Campus qui sont venus s’ajouter au nôtre et au grand Campus Nord, décentralisant progressivement la structure vers un concept multi-campus plus près de la communauté.   Du coup elle a signé des ententes avec tous les collèges communautaires du Nord et du centre de l’Alberta pour la collaboration à l’offre de programmes de formation en milieu rural et plus éloigné des grands centres, dont trois programmes de formation d’ enseignant(e)s autochtones.  Notre Université vient aussi d’approuver la création d’un collège communautaire francophone en Alberta, lequel sera opéré par notre Campus.  Aussi, les approches disciplinaires à la recherche, sont de plus en plus re-canalisées vers des approches axées sur des problématiques sociales comme par exemple pour l’École de l’énergie et de l’environnement, un Consortium de plusieurs facultés dont celle des Arts ou encore notre stratégie du Nord qui regroupe une douzaine de Facultés et d’Instituts de recherche parmi lesquels l’Institut de études canadiennes et notre Faculté.  Notre Présidente encourage activement l’apprentissage sur le terrain et les expériences internationales qui rapprochent l’apprentissage de la vie de travail et des expériences en dehors de la salle de classe.  Ainsi, nous appuyons la participation de nos étudiants.es à des conférences ou forums sur des sujets d’intérêt.   Il en est résulté une très grande implication sociale de nos étudiants dans toutes sortes d’organismes communautaires. Évidemment, des étudiant.e.s plus impliqué.e.s exigent une plus grande participation, et ils/elles en assument la responsabilité.   Ceux qui parlent contre les jeunes ne les connaissent pas. 

Je reconnais aussi l’importance des symboles et notre Campus Saint-Jean offre l’accès gratuit à nos locaux pour tout groupe communautaire, ce qui occasionne un va-et-vient communautaire important, nous offrons des cours pour ainés donnés de façon bénévole par nos professeurs,  et nous avons ouvert un jardin communautaire sur notre terrain…..
Au fil des ans j’ai pu observer une tendance humaine à nous occuper de nous en priorité, même si c’est aux dépens des autres. Personne n’est a l’abri de cette tendance.  Par exemple, je suis heureux de voir que le réseau d’écoles de la minorité francophone grandit à chaque année. Je suis toutefois moins heureux de voir le peu de liens entre ces systèmes francophones et les écoles immersives, ou encore autochtones.  Mais les jeunes ne sont pas dupes. En Saskatchewan, ce sont les jeunes qui ont entraîné la création de la Commission sur l’inclusion à la suite de refus du Conseil scolaire fransaskois d’admettre la participation des écoles d’immersion aux jeux fransaskois. En Alberta, l’organisme jeunesse vient de forcer cette participation au rallye provincial Albertain.   Ces jeunes ont compris que c’est ensemble que nous pourrons mieux influencer le devenir de notre société et non pas séparément chacun(e) de notre côté. Ils ont compris aussi qu’on peut être assez fort pour ne pas se perdre au contact de l’autre, même si ce contact occasionne des changements.

Nos enfants sont intéressés aux questions d’identité.  L’aine chez nous parle l’anglais, forcement en Alberta, le français et le japonais en plus de comprendre la langue de sa mère, le Punjabi.  Ces enfants ne souffrent pas de confusion identitaire, mais ils ne sont ni comme moi, ni comme mon épouse.  Notre deuxième s’est d’ailleurs trouve une étiquette, celle de Canindiens-francais.   Ce qui est le plus important pour Rashmi et moi, c’est qu’ils aient de bonnes valeurs, et un fort sens de responsabilité sociale.

Une société comme celle que je décris est une société d’apprentissage, ‘’a learning society’’.   Samedi dernier j’ai pu assister à une soirée en hommage à Peter Lougheed, son épouse Jeannie et l’ancien Ministre de la culture de l’Alberta Horst Schmidt, un immigrant bavarois. Dès les années ’70 l’Alberta était un leader national et international dans l’apprentissage des langues, avec huit langues enseignées en contexte immersif. Aussi, était-ce la première à reconnaître dans un projet de loi la diversité culturelle comme richesse pour la société.  Le Dr. Julius Buski a pris la parole à cette occasion, il est ancien secrétaire exécutif de la Fédération canadienne des enseignant.e.s et immigrant de Pologne à l’après-guerre.  Il a raconté s’être fait malmener parce qu’il parlait a sa mère en Polonais.  Cette expérience a motivé toute une vie de travail au profit de la reconnaissance de la diversité. Malheureusement, le seul discours qui a compté depuis plusieurs années en Alberta est celui du développement économique.  Mais ca change.

Vous aurez compris sans que je les élabore les implications de cette vision pour le leadership en éducation, l’alphabétisation, open learning, global education, citizenship education, curriculum and instructional methods, workplace learning, etc. I will close with a few random quotes which are related to these concepts:

The first is quite old from 1966, in a book by A. Watts: ‘’Just as true humour is laughter at oneself, true humanity is knowledge of oneself. Other creatures may love and laugh, talk and think, but it seems to be the special peculiarity of human beings that they reflect; they think about thinking and they know that they know. Self-awareness makes human experience resonant: it imparts that simultaneous ‘echo’ to all that we think and feel as the box of a violin reverberates with the sounds of the strings. It gives depth and volume to what would otherwise be shallow and flat.’’

The second is older still from Khalil Gibran:

‘’no man can reveal to you aught but that which already lies half asleep in the dawning of your knowledge. If the teacher is wise, he does not bid you enter the house of his wisdom, but rather leads you to the threshold of your own mind.’’

The third is from Shubert: ‘’A democracy can thrive only when its citizenry is a continuous process of becoming educated’’.

And the last from Wiesel (I read it on the way here):

“This is the duty of our generation as we enter the 21st century…solidarity with the weak, the persecuted, the sick, and those in despair.  It is expressed by the desire to give a noble and humanizing meaning to a community in which all members define themselves not by their own identity, but by that of others.”

I believe that Canadian values as a framework hold the key to the continuous learning that will lead us all, individuals and groups to greater awareness, greater openness, enhanced learning and a strong sense of our own dignity and that of others. They will motivate many of us to caring and social action as is already the case for all of you here today. They will also alter significantly the political landscape and force a much greater focus on well-being for all.

Merci.

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Conférence de Marc Arnal, président de la Fondation canadienne pour le dialogue de cultures, présentée lors du colloque Le fédéralisme, le Québec et les minorités francophones du Canada, à l’Université d’Ottawa, le 11 mars 2006.

11 mars 2006

Mesdames, messieurs,

J’aborderai le sujet d’aujourd’hui de la perspective développée par la FCFA du Canada dans sa tournée Dialogue en 2001, laquelle perspective ou vision a été reprise et actualisée en partie par la Fondation canadienne pour le dialogue des cultures responsable, entre autres, des Rendez-vous de la francophonie. Notre Conseil d’administration est d’ailleurs représentatif de toutes les composantes de la société canadienne identifiées dans Dialogue.

Cette vision sociale est basée sur trois principes fondamentaux, ou valeurs canadiennes, comme on les nomme, d’équité, de diversité et de communauté (ou solidarité). Nous croyons que ces valeurs dynamiques, interactives sont à la base d’un renouveau social, d’un repositionnement des divers groupes au sein de notre pays et d’un nouveau fédéralisme. C’est une vision qui replace les groupes « minoritaires » ou « désavantagés » au cœur du modèle canadien, dans un rôle de leadership pour le développement d’une société d’apprentissage à vie. Bob Chartier, dans son livre Bureaucratically Incorrect le dit clairement « Diversity is about learning ». Minorité dorénavant veut dire « différent » et « richesse » mais jamais « moindre ». C’est Antonine Maillet elle-même qui le disait au banquet de la Fondation Ricard. « Nous ne sommes pas minoritaires mais seulement moins nombreux. De fait, nous sommes meilleurs avec nos deux langues…. ».

C’est une vision rassembleuse qui redonne à la collectivité et aux groupes la propriété des valeurs communes et leur droit ou devoir d’exister. C’est aussi une vision qui a été développée en partant de l’expérience de nos communautés mais en interaction avec les autres : Équité, diversité et communauté.

Équité c’est assurer que tous et toutes aient des chances égales d’atteindre les résultats souhaités. C’est plus que le simple accès ou tolérance, c’est un changement fondamental à partir d’accommodements. L’accommodement se distingue du compromis en ce sens qu’il présente le concept de valeur ajoutée pour tous. Par ces accommodements, nous améliorons la vie de tous les citoyens et nous améliorons nos institutions en les rendant plus sensibles aux besoins et aux aspirations de tous et toutes. Cette sensibilité nous caractérise comme citoyens du Canada et elle nous procure un avantage stratégique face à l’internationalisation et à la globalisation. Équité, c’est reconnaître l’asymétrie des moyens pour pallier à l’inégalité des situations ou des conditions. L’article 15 de la Charte canadienne prévoit cette éventualité en permettant des mesures inégales pour améliorer l’équité.

La seconde valeur c’est la diversité. Nous reconnaissons que les interactions entre points de vue différents peuvent permettre une meilleure résolution de problèmes. Comme disait mon père « S’il y a dix personnes autour d’une table qui pensent toujours pareil, il y en a neuf de trop. » Ainsi, les Canadiens ont la réputation d’être habiles à gérer les processus d’interaction et le choc des idées dans le respect et en évitant les conflits. C’est approcher « l’autre » avec ouverture et curiosité en reconnaissant sa spécificité et en comprenant que c’est au contact de l’autre qu’on peut mieux se comprendre et se définir soi-même.

Nous avons formalisé notre engagement à la diversité en incluant à la Charte la dualité linguistique, le multiculturalisme et les droits autochtones. Ce sont ces trois politiques qui ancrent notre engagement à la diversité et une partie importante de notre identité comme pays.

Communauté c’est notre destin commun, ce qui nous lie. Lorsqu’un nouvel élément intègre une société ouverte, il s’ensuit un processus d’ajustement et d’accommodement qui redéfinit les balises identitaires et sociétaires de la collectivité en permettant au nouvel élément de s’ajuster. Il en ressort un nouvel équilibre plus inclusif et diversifié, qui permet toutefois l’existence continue des groupes constituants et qui l’encourage même. Dans ce pays nous n’avons pas de déclarations absolues mais plutôt des grands principes qui doivent être constamment interprétés. Nous reconnaissons que les sociétés évoluent et nous acceptons des contraintes raisonnables pour le bien collectif. N’est-ce pas là la vraie liberté?

Dans cette vision, les minorités sont une richesse, un atout pour le développement personnel et de la société.

Considérons quelques implications :
- le changement le plus important pour nous se passe d’abord entre les oreilles des minorités : accepter de nous voir comme richesse avec la responsabilité duelle de développer sa spécificité et son appartenance à la minorité MAIS dans l’ouverture vers et le dialogue avec l’autre… quel beau legs à nos enfants et quelle belle reconnaissance des efforts de nos parents et de nos grand-parents…!
- un gouvernement qui comprend ces choses n’est pas avare d’aide à ces groupes mais il exige l’ouverture et l’interaction;
- toutes les composantes sont liées dans le développement continu d’une société en perpétuelle redéfinition, le tout ancré par les trois piliers de notre diversité et nos valeurs d’équité et de communauté;
- les questions de justice sociale ou de respect des groupes nous touchent tous et toutes;
- notre façon de voir les minorités linguistiques est devenue simpliste : le Québec francophone fait partie de la grande francophonie canadienne dans toute sa diversité et la langue française est minoritaire au Canada et sur le continent. Il faut revoir nos politiques de langues officielles pour ouvrir les liens entre francophones du Canada et surtout arrêter de mettre en opposition les intérêts des francophones hors Québec et du Québec;
- les politiques et les cours devraient tenir compte de cette francophonie nationale et de la situation particulière du Québec sur le plan du développement langagier et culturel avec tout ce que ça peut impliquer – évidemment, en continuant de respecter la minorité de langue anglaise au Québec.

Passer de « minoritaire » à « moins nombreux » est un passage important qui change notre façon de nous voir et qui change notre perception de notre rôle civique. Ce n’est plus la survie mais le leadership, plus l’isolement mais l’ouverture et les alliances. Le vrai changement est d’accepter de voir plus grand que nous. Ainsi notre force devient la force des autres et de la société et leur force devient la nôtre.

Le chercheur américain Pascale a développé un modèle d’analyse des organisations qui s’applique bien au Canada. Il dit que pour exister à long terme, une organisation doit contenir quatre éléments :
Fit : ce qui unit
Split : ce qui crée des tensions
Contend : les mécanismes de conciliation, et
Transcend : la redéfinition
Sans tension, l’organisme stagne…

Le Canada est un modèle certes imparfait de cette théorie, mais il rejoint néanmoins Gandhi et sa vision rassembleuse pour l’Inde au moment de l’indépendance. Serait-ce une citoyenneté globale à partir de laquelle le Canada, avec d’autres pays partenaires, pourra promouvoir une nouvelle globalisation, soit celle des droits de la personne et de la paix? Pourquoi pas?

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Communiqué de presse
Le 9 novembre 2004
Pour diffusion immédiate

Une nouvelle fondation administrera les Rendez-vous de la Francophonie

OTTAWA - Une fondation nouvellement formée prendra en mains l’organisation des Rendez-vous de la Francophonie 2005. « La Fondation canadienne pour le dialogue des cultures a comme priorité de tout mettre en place pour que les Rendez-vous connaissent leur succès habituel, au mois de mars prochain. Nous entreprendrons par la suite d’autres projets visant à favoriser le rapprochement des canadiens et canadiennes de toutes les origines », a expliqué le président de l’organisme, M. Marc Arnal.

Choisi comme président lors d’une récente réunion du conseil d’administration de la Fondation, M. Arnal est le doyen de la Faculté Saint-Jean de l’Université de l’Alberta. Il a notamment été président de la Fédération des parents francophones de l’Alberta, vice-président de l’Association canadienne-francaise de l’Alberta et vice-président de la Edmonton Multicultural Society.

Le conseil d’administration de la nouvelle Fondation canadienne pour le dialogue des cultures est composé entre autres de membres de l’ancien conseil d’administration des Rendez-vous de la francophonie et du comité de suivi de la démarche Dialogue de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada.

M. Guy Matte a été embauché à la direction générale de la Fondation. Récemment retraité du poste de directeur général de l'Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens, M. Matte a été président du conseil d'administration du Festival Franco d’Ottawa, et coprésident des Quatrièmes Jeux de la francophonie en 2001.

Depuis 1999, les Rendez-vous de la francophonie coordonnent un grand nombre d’événements entourant la Journée internationale de la Francophonie et mettent en valeur les initiatives des francophones et des francophiles de partout au pays.

La Fondation canadienne pour le dialogue des cultures vise à promouvoir et soutenir le dialogue et le rapprochement entre les communautés francophones et acadiennes et les collectivités de la société canadienne.

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Renseignements:

Guy Matte, directeur général
Tél. : (613) 241-6055

Marc Arnal, président
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